Ambitions Assassines – Claire Bauchart

Au risque de paraître ignare et barbare, il y a de ces romans dont la couverture nous attire.
Ce fut le cas d’Ambitions Assassines dont le talon d’escarpin rouge vif se détachant sur fond noir charbonneux m’invoquait la puissance, la séduction, le pouvoir féminin. Quelques échanges avec l’auteur et les retours positifs de blogueurs(euses) ont accru mon envie de lire le roman et j’acceptais avec joie l’envoi du livre par l’auteur.

L’histoire commence avec la mort tragique d’une jeune actrice française connue, Mélanie Aubant. En plein tournage, un projecteur de plateau s’abat sur elle et la tue sur le coup. La sphère médiatique s’affole et réseaux sociaux, JT, magazines ou journaux couvrent l’évènement.
En conséquence, les derniers jours de la campagne électorale pour la mairie de Paris sont relégués au second plan et les deux candidats en lice, Antonin Coustand et Ghislain Dupuis, sont éclipsés des unes médiatiques.

Le magazine En Avant charge Pascaline Elbert de rédiger un article sur l’actrice défunte. Cette journaliste politique, dont les contacts au PS sont pléthores car tissés au fil des années, lutte contre le sexisme du milieu journalistique qui l’a reléguée depuis peu à la rubrique Tendances. Fouilleuse, studieuse et appliquée dans son travail, la journaliste se plonge dans le passé de l’actrice et noue contact avec sa mère qui se confie facilement à elle et lui donne accès à certains biens de la défunte.
Que découvrira-t-elle ? Quelles révélations lieront la mort de l’actrice à la campagne électorale ? L’enquête prend une ampleur de plus en plus grisante et haletante et le lecteur pénètre un monde politico-médiatique trop souvent fantasmé mais décrit ici avec justesse.
Au-delà du polar et du scandale politique, on sent la maitrise que Claire Bauchart a sur le sujet. Diplômée de Sciences Po et journaliste pour le magazine féminin, Elle, l’auteur maitrise la dynamique du milieu journalistique et les dessous croustillants d’un monde politique dominé par l’image.

On peut choisir de lire le livre comme un polar sur toile de fond journalistique et politique mais de nombreux thèmes lui confèrent un caractère sociologique voire féministe.
L’accès au pouvoir nourrirait-il l’ambition et même la vie ? La quête du triomphe et de la réussite sociale feraient-ils ressurgir la part la plus abjecte, vile et cruelle de l’homme ? Certaines professions sont-elles plus exposées au sexisme ou au machisme ? Contre quels préjugés se battent les femmes ? Y a-t-il une importance, une noblesse et une gradation de l’info ou l’appât du gain, du profit et des ventes sont-ils le moteur des médias ?
Ainsi, la mort de Mélanie Aubant est prétexte à l’écoulement de journaux. Les coups bas et stratagèmes ignominieux enveniment l’âme de nos politiciens et la frontière entre diffamation et révélations véridiques reste perméable. Curieuse et brillante, Pascaline jongle entre travail prenant, rôle de mère et mari peu tolérant et encourageant. Épouse, mère, journaliste, Pascaline incarne la femme moderne qui doit assurer les rôles que lui impose la société (c’est d’ailleurs naturellement que la crèche l’appelle en cas d’urgence…). Jugée inapte aux « horaires élastiques », elle perd donc sa place légitime à la tête du service politique au profit d’un journaliste homme, corrompu et dont la fiche de paie écrase son salaire.

Ces dix jours d’immersion au sein des sphères médiatiques et politiques donnent l’impression de vivre les coulisses de ces mondes complices ou hostiles, et indéniablement inséparables.
Aidée d’une écriture naturelle et fluide et d’un récit court, l’enquête évolue à la manière d’un compte à rebours et je n’ai ressenti aucun ennui ni temps mort.

« Le pouvoir attirait. Son homme séduisait donc. Comment lutter ? Elle seule était l’élue de son cœur, celle qui avait sa place sur les photos. Un rôle dont elle s’accommodait fort bien.
Ne connaissant pas grand-chose aux dossiers politiques, elle se contentait de décharger Ghislain de toute logistique familiale, lui permettant, de fait, de n plus s’occuper, ou presque, de leur jumelles, tout en assurant à ses côtés de multiples rôles de présentation. Un aspect qui lui plaisait particulièrement. Accompagner le futur maire de Paris à des cocktails , spectacles ou autre évènements était devenu, au fil des dernières semaines, un rêve éveillé auquel son esprit pouvait s’abandonner des heures durant. »

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