Les Derniers Jours de Paris – Nicolas d’Estienne d’Orves

Vous l’aurez compris, mon amour pour l’écriture de Neo n’est plus à prouver (lien chroniques Neo) et ce boulimique d’écriture me fascine par sa capacité à produire, à tout écrire, à sortir de sa zone de confort et à se mettre en danger au risque de surprendre ses lecteurs qui l’auraient contraint à un certain genre.
Mais il arrive qu’un maître déçoive ses apôtres et Les Derniers Jours de Paris m’ont laissé une impression mitigée.

Le thriller vous plonge dans un Paris apocalyptique et secret. Des nourrissons disparaissent mystérieusement, les animaux s’affolent et circulent librement, une profusion végétale investit la ville et une crue monstrueuse engloutit Paris qui se noie à vue d’œil.
Dans ce climat d’épouvante, Sylvain Masson, jeune professeur à la Sorbonne et Trinité, surdouée de quatorze ans enquêtent à travers cette jungle parisienne.

Malgré les dernières vingt-quatre heures de ma chère Paris, le chronomètre m’a peu préoccupée et le suspens fut bien fade (on est bien loin de la perte d’haleine de la série 24 h chrono !). De plus, la fin invraisemblable m’a laissé un goût amer.

Toutefois, un maître de l’écriture et amoureux de Paris ne peut faillir totalement et j’ai trouvé mon bonheur dans la découverte d’un Paris millénaire et oublié.
Certes, le fantasme des origines est poussé à l’extrême, mais l’amour de Neo pour la ville est communicatif et de nombreuses anecdotes restent vraies.
Comme Rome, dont je reviens de voyage, Paris est une ville ancestrale et éternelle. Malgré une évolution inévitable, on devine dans son relief et dans ses vestiges cette éternité instillée à travers les siècles. Préhistoire, Empire romain, Moyen-Âge, Renaissance, siècle des Lumières, Révolution, Empire, Hausman, Wilmotte et Nouvel : chaque période et chaque architecture ont marqué Paris et y ont laissé leur trace.

Ainsi la Bièvre qui courait dans la ville marque encore ses rues de certaines trouées, laissant visibles la cicatrice de ses bras aujourd’hui taris. Des stations de métro fantômes encore existantes vous seront révélées  et la permanence du passé dans un présent en constante évolution vous paraîtra plus vive encore.
En somme, endossez les lunettes que vous tend l’auteur et lisez la ville à travers le prisme du passé.

En plus de la beauté de ce spectre révélé au grand jour, l’auteur révèle la nature perdue dans l’urbain. Il n’appartient qu’à nous de ressentir Paris au printemps : fraîcheur des jeunes pousses et effluves florales titillent nos narines, caressent notre peau et la ville révèle un visage moins citadin. Ressourcez-vous de verdure au jardin des Plantes, étendez-vous sur l’herbe du jardin du Luxembourg, respirez le potager de Catherine Labouré ou risquez-vous au relief escarpé des Buttes-Chaumont.

Enfin, vous parcourrez aussi les sous-sols de la ville. Vous pensez sans doute aux catacombes et à leur montagne d’ossements stupéfiante mais connaissez-vous les carrières de pierres qui s’ajoutent au gruyère parisien ?

En somme, qualifié de « thriller », Les Derniers Jours de Paris ne se limite pas à ce simple genre. A l’image de son auteur, il joue sur différents tableaux et, malgré une histoire bancale, j’ai pu me satisfaire d’autre chose.

« – Une station de métro !
– Affirmatif, confirme Sylvain, qui n’a plus besoin de la veilleuse du mobile car de vieux néons projettent ici une lumière d’aquarium.
Trinité reste interdite.
– Mais…il n’y a rien. Ni personne…
En effet : pas de publicités aux murs ; nul banc sur ce quai où ils viennent de déboucher ; pas même un nom à cette station dont les parois carrelées sont couvertes de fils électriques déchiquetés et d’immenses tags multicolores. Les seuls usagers de cette station sont une fois de plus les rats, toujours eux, qui courent sur les rails en torrent.
Sans s’émouvoir, Sylvain s’adosse au mur.
– Nous sommes à la station Croix-Rouge…
– Mais ça n’existe pas ! objecte Trinité, qui visualise mentalement son plan de métro.
– Ca n’existe plus, corrige le professeur d’histoire de la ville de Paris. Croix-Rouge fait partie des « stations fantômes » comme Haxo à Belleville, Porte Molitor dans le XVIe, Champ-de-Mars près de la Tour Eiffel, ou Arsenal près de la Bastille. Des stations abandonnées…puis oubliées.
– Et depuis quand ?
– Croix-Rouge était situé entre Sèvres-Babylone et Mabillon, en plein Vie arrondissement. La station était considérée comme trop proche des deux autres. Elle est désaffectée depuis des dizaines d’années. Mais la ligne 10, qui va d’est en ouest, la traverse toujours…
Comme pour illustrer les propos de Sylvain, une rame surgit alors devant leurs yeux avec la puissance d’un cyclone. »

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