Les Murs et autres histoires (d’amour) – Vaikom Muhammad BASHEER

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Prononcez ce mot à haute voix : Malayalam.
Entendez-vous ses sonorités mélodieuses comme le clapotis de l’eau ?
Prononcez-le encore jusqu’à vous laisser bercer par son chant.
Mais qu’est-ce que ce mot étrange dont la douceur rappelle le gazouillis de l’eau me direz-vous ?

Le Malayalam n’est autre que la langue de l’auteur. Son exotisme annonce l’Inde dans laquelle vous voyagerez ; sa mélodie envoûtante rappelle l’enchantement des contes qu’on retrouve dans ses nouvelles.

Originaire du Kerala, Vaikom Muhammad Basheer s’échappe de chez lui à 16 ans. Militant pour l’indépendance de l’Inde, il a participé à la Marche du Sel entamée par Ghandi, a voyagé à travers son pays et a connu la prison. Sa traversée d’un siècle, sa vie de nomade, sa connaissance de l’univers carcéral et l’exercice de métiers variés nourrissent ses récits et ouvrent le lecteur à la culture indienne du XXème siècle.

Rassurez-vous, si les nouvelles convoquent certaines mœurs indiennes, nul besoin de maitriser le système des castes et spécificités religieuses pour en apprécier la saveur.
D’une part, parce que l’auteur raconte à la manière d’un conteur. Dès les premières phrases, il interpelle le lecteur avec une familiarité enthousiaste et nous immerge dans le récit: « Avez-vous déjà entendu parler d’une petite histoire d’amour appelée Les Murs ? Je ne me rappelle pas vous l’avoir racontée. ». Je me suis revue enfant, en ronde aux côtés d’autres oreilles attentives ou en pyjama avant d’aller dormir, me laissant bercer par la voix d’un conteur.
D’autre part, parce que toutes ces nouvelles explorent le venin universel de la vie : l’Amour.

Venin ? Soit, j’aurais pu dire « Elixir » mais ces histoires d’amour racontées avec finesse, humour et poésie n’échappent pas à certaines injustices, ruses ou chagrins.
Les contes laissent filtrer une morale qui sous des airs de charmantes et charmeuses moqueries amène à réfléchir : le regard sur les femmes, l’ironie de la dot, l’équilibre des relations conjugales, la persistance de l’amour et du romantisme malgré les murs de l’univers carcéral sont des sujets abordés.
Mais l’amertume ne ponctue en aucun cas les récits et chaque nouvelle s’achève sur un « Mangalam Shubam ! Que le bonheur vous sourit » (sauf la dernière, « La Lumière bleue » …. Cette fin lumineuse suffirait-elle à illuminer le cœur ?).

Alors, comme l’invitent les pétales délicats qui parsèment la couverture du livre, laissez entrer un pétale de poésie indienne dans votre quotidien.

« Je ne pouvais détacher mes pensées de cette odeur. J’avais du mal à respirer. Mes narines à l’affût n’en finissaient pas de se dilater. Il m semblait que mon cœur allait exploser sous la pression de l’angoisse. Femme, où peux-tu bien être ?
– D’où vient le rire de femme que j’ai entendu ? demandai-je au gardien
– Vous n’êtes pas marié ? S’enquit-il avec un sourire narquois.
– Non… Mais qu’est-ce que le mariage à avoir avec ma question ?
– Pourquoi est-ce que vous vous intéressez à ces choses, alors ?
– Dans cette immense prison lugubre, à proximité de cette potence meurtrière, j’ai entendu un rire de femme, et il faudrait que je me marie sur le champs pour avoir le droit de demande d’où il vient ? En voilà une belle logique !
– De la prison des femmes, répondit le gardien en riant. Le bâtiment où vous allez habiter se trouve juste à côté.
Seul un mur m’en séparerait.
Voilà donc la peine qui m’attendait : deux ans ferme te mille roupilles d’amendes, six mois supplémentaire avec travail obligatoire – transport de terre ou autres matériaux – en cas de défaut de paiement, et entre la prison des femmes et moi, un mur, un seul. »

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