Voyage dans les mémoires d’un fou – Lionel Cecilio

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Déjà, l’aventure commençait de manière folle.
En avril 2019, Lionel Cecilio et son équipe avait repéré ma passion pour le théâtre. Invitée rue Pré-au-Lard (si si, cela n’existe pas que dans Harry Potter) au théâtre de l’Essaïon, je pénétrais les caves médiévales de l’ancien hôtel de l’Aigle d’Or réaménagées en théâtre.
Pourtant parisienne, au fait des secrets de ma ville et amatrice de théâtre, je découvrais l’Essaïon sans aucune idée de la pièce que j’allais voir.
La lectrice avide d’aventures jubilait au fond de moi.

Brisons le suspense : Voyage dans les Mémoires d’un Fou est une pièce folle de talent.
Le texte, l’histoire, le jeu, la mise en scène : j’en sortais bluffée par un sans-faute totalement crazy.

La folie n’est jamais inintelligible et traduit le vertige d’émotions dans lequel la pièce transporte.
Sa plume est fine, douce, quelquefois douloureuse, d’autres fois moqueuse mais toujours sensible et  gorgée de réflexions.
L’emballement de cette plume suffirait à nous envelopper dans une palette émotive généreuse – rire, frisson, émotion ou pleurs imprègnent les caves de l’Essaïon –  mais ce périple intérieur est magnifié par le jeu maîtrisé de Lionel Cecilio.
Il change de posture, de timbre de voix, de physionomie. Pourtant seul sur scène, les planches accueillent les multiples personnages qu’il interprète et nous raconte.

La pièce s’inspire d’un roman de Flaubert intitulé Mémoire d’un Fou.
Un jeune homme atteint d’une maladie incurable et mortelle décide d’écrire ses mémoires en imaginant un lecteur.
Je vous vois d’ici crier « morbide ! ». Chassez de suite cette idée car comme il est aisé de parler de l’Amour en mentionnant la douleur d’une rupture, quoi de mieux que la mort pour ériger la vie ?
(« Vous voyez quand vous refusez de vous laisser vivre, vous repoussez un peu l’heure de la mort. »).
Un malheur exacerbe le bonheur qui lui fait face et, en replongeant dans ses souvenirs, le malade renaît et donne une seconde vie à son passé.

Le récit est palpitant et les acteurs sont variés, drôles, épais et attendrissants. On rencontre Dieu, Einstein, Jeanne d’Arc, un professeur adepte de la pensée unique, un coach, un médecin totalement loufoque.

L’emballement des souvenirs fait écho à l’urgence de la dernière nuit du malade et justifie le délirant de certaines situations.

La mise en scène est épurée : le matériel s’efface au profit de la richesse intérieure.
L. Cecilio joue avec les sons et les lumières ; tonalités et lueurs sont sublimées par la voûte en pierre des anciennes caves médiévales.
Comme le corps du malade vacille entre faiblesse du présent et robustesse passée, l’unique bougie qui accompagne l’écriture de ses mémoires oscille entre incandescence et clair-obscur, fixité et mouvement.
Je me suis sentie dans la chambre du malade, prise dans un songe ou veillant toute la nuit, mais jamais dans un théâtre. J’ignore si l’exotisme du lieu générait cette impression ou si elle était voulue par l’auteur mais je suis sortie de cette dimension parallèle qu’une fois remontée vers le béton parisien.

Comme la folie est belle lorsqu’elle est maîtrisée !
Voyage dans les Mémoires d’un fou est une pièce qui se lit… avec les oreilles.

« On commence à croire en la vie quand on finit par prendre conscience de la mort. »
« L’Amour, ça ne s’explique pas : ça se vit. »
« Les mots se jouent de nous peut être plus qu’on ne joue avec eux. »

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