La Tresse – Laetitia Colombani

Des mois que j’avais ce livre en tête mais je privilégiais d’autres écrits.
Comme un clin d’œil à l’histoire qui entremêle les destins, il m’est tombé dans les mains naturellement. En février, mon amie Julie me confiait une box des plus exquises. A l’intérieur ? L’annonce de son mariage, l’officialisation de mon rôle de témoin et pleins de petits cadeaux dont un roman (elle me connait bien !).
Ouvrir ce livre revêtait donc une saveur particulière. En plus de me plonger dans l’histoire de Laetitia Colombani, il m’enveloppait dans le souvenir de ce diner-annonce au Square Trousseau et dans l’anticipation de ce mariage d’automne.

Si j’ai aimé l’idée et la délicatesse du style, j’ai été déçue par son manichéisme. La tresse s’entremêle avec fluidité mais sa teinture reste trop primaire à mon goût.

Sicile – Inde – Canada. Je commence par citer trois lieux mais je devrais citer trois femmes : Giulia, Smita et Sarah. Car au-delà de la traversée des mers et du voyage sur trois continents, le lecteur sillonne le destin de ces trois femmes.
Leurs croyances, leurs mœurs et leurs pays sont différents. On pourrait croire qu’elles n’ont de commun que leur sexe mais elles partagent un combat contre les préjugés d’une société qui les enferme dans des carcans. Elles veulent s’élever au-delà de la pensée commune. Lutter contre les a priori mais aussi contre l’opinion qu’elles ont d’elles-mêmes.

Smita est une intouchable (Dalit). Considérée hors castes dans la société indienne, elle est condamnée à un métier aussi impur que sa condition. Elle vide les excréments des latrines et se bat pour que sa fille de six ans ait une autre vie. Giulia assiste son père à la tête d’une fabrique de perruques. Les cheveux des Siciliennes ont permis à l’entreprise de prospérer mais un tournant remet en cause le devenir de la société. Enfin Sarah est une femme ambitieuse dont la carrière d’avocate passe avant tout. Son apparente inhumanité apparait bien plus complexe dès lors qu’elle apprend qu’elle a un cancer.

Trois femmes, comme trois brins d’une tresse. Le titre sans équivoque indique qu’elles vont mêler leurs destins.
Elles ont la lutte en commun et le cheveu, matière qui les lie matériellement, est une belle métaphore sur la solidarité et sa force. Fragile, un cheveu isolé reste cassant et malléable. C’est lorsqu’il se lie à d’autres que la crinière acquiert sa force. Enfin, nouée sous forme de tresse, la chevelure gagne toute sa résistance.

J’ai aimé la métaphore et la structure de l’histoire. Les chapitres courts se consacrent à chacune des femmes et leur fin distille un fin (un cheveu ?) suspens. Entre eux se tresse un texte poétique écrit par la plus vieille des ouvrières de l’atelier de perruques, la Nona. Ces textes sont pour moi les plus beaux du roman et permettent de tisser le lien entre ces femmes.

Le récit est donc bien peigné mais je suis restée frustrée. La condition des femmes ou la douleur du rejet (dû à la différence sociale ou à la maladie) sont des sujets épais qui appellent un courage et un espoir incommensurables pour construire un avenir meilleur. Un certain manichéisme a bridé mon émotion. Des destins moins survolés m’auraient permis d’y croire plus facilement.

« Chaque soir après la fermeture, Giulia se rend au chevet de son père pour lui faire la lecture. Elle s’en veut, parfois, de se sentir si vivante au milieu de cette tragédie. Son corps exulte, frissonne, jouit comme jamais il n’a joui, alors que son père se bat pour la vie. Pourtant, elle a besoin de se raccrocher à ça, pour se dire qu’elle va continuer, pour ne pas céder à la peine et à l’accablement. La peau de Kamal est un baume, un onguent, un remède au chagrin du monde. Elle voudrait n’être que cela, un corps livré au plaisir, car le plaisir la tient debout, la tient en vie. Elle se sent tiraillée entre des sentiments extrêmes, tour à tour abattue et exaltée. Tel un acrobate sur un fil, elle a l’impression d’osciller au gré du vent. C’est ainsi se dit-elle, la vie rapproche parfois les moments les plus sombres et les plus lumineux. Elle prend et donne en même temps. »

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