Zazous – Gérard De Cortanze

Des livres sur le Paris de l’occupation j’en ai lus. Les nuances de gris peignent la capitale, les rafles,  le rationnement, le marché noir et ses richesses font rage et l’on s’interroge sur cette limite floue entre collaborationnisme et survivance.
Les allemands n’étaient pas tous nazis, les Hommes ne devenaient pas des machines à tuer et, parmi la cruauté, au-delà des conflits mondiaux et des idéologies barbares perçaient une humanité solide et des amours interdites entre personnes de patries ennemies.

Oubliez les romans que vous avez lus sur Paris Occupé. Zazous l’aborde avec un angle nouveau.

La Peur est présente. Elle n’est pas ignorée mais les Zazous, jeunes adolescents au look jugé outrancier, la font danser.
De Trenet à Django Reinhardt en passant par Duke Ellington, une bande-son jazzy s’infiltre au fil des pages. Au café Eva et dans les concerts interdits, le lecteur partage des bières-grenadine avec Josette, Sarah, Odette, Lucienne, Marie, Pierre, Jean et Charlie. Trois d’entre eux sont étudiants, d’autres sont coiffeuse, vendeuse, danseuse, apprenti mannequin ou trompettiste.
On rit avec cette jeunesse de 15 à 20 ans qui grandit malgré les obus. On boit, on swing, on s’énerve, tombe amoureux, on porte des jupes courtes et évasées, des vestes longues à carreaux et un maquillage voyant pour les femmes.
Malgré le nazisme écrasant, les Zazous sont une bouffée de vie, de jeunesse et d’énergie qui balaye l’oppression et rend l’air occupé respirable.

Mais cette insouciance n’est légère qu’en apparence et parmi les rires et les pas de danse éclate une lucidité qui hurle à l’occupant son amour pour la vie.

Les Zazous refusent la peur. Ils incarnent une résistance visible. Leurs vêtements sont trop longs malgré le rationnement des tissus et leurs cheveux fougueux défient Vichy et son décret (les français devaient couper leurs cheveux qui servaient à fabriquer des pantoufles).
Dans cette France grise où les années folles sont enterrées, les Zazous brandissent le swing comme une lumière d’espoir. Car « Le swing fait danser les gens au lieu de les faire marcher au pas. Le swing les fait exulter au lieu de les mettre au garde-à-vous ! Le swing symbolise la liberté ».
Etre zazous c’est incarner la fougue insolente d’une jeunesse éprise de liberté.
Aux apparences quelquefois « je m’enfoutiste », leur gout pour la fête et la mode excentrique ne suffit donc pas à les définir. Au-delà d’un phénomène de mode, les Zazous rallient la jeunesse et incarnent un mouvement où la joie, le rire, la couleur et la musique se dressent contre l’occupant.
L’audace est leur plus belle arme. La France n’est pas vaincue et les Zazous le crient fièrement. Ils provoquent en pleine lumière ;  tapissent la Paris de V de la victoire, portent les couleurs bleu-blanc et rouge, gueulent  « Vive la France ! » dans les cinémas ou déposent une gerbe le 11 novembre sous l’Arc de Triomphe. Des gamins qui osent, s’opposent et bravent l’ennemi. Des gosses qui refusent de refréner leur jeunesse quelquefois au péril de leur vie.

J’ai aimé découvrir ces rires qui perçaient parmi la peur. Ce roman est comme un hommage aux zazous dont on enseigne trop peu la musique.
Au Paris Occupé que j’avais imaginé s’invitent maintenant des airs jazzy. Des trompettes au son impétueux, percent parmi la grisaille, le rationnement et le froid record de cette période. Mon Paris Occupé vibre d’un souffle nouveau. J’entends le swing, les pas de danse effrénés, indisciplinés qui sont comme un cri qui hurle sa hâte de vivre.

A la Grande Histoire se mêle l’intrigue que j’ai trouvée un peu mince. Cela ne m’a pas déçue car je ne cherchais pas le romanesque mais une fiction qui me permette de découvrir l’Histoire.
Comme pour Violette Morris, Gérard de Cortanze s’appuie sur des références fournies et étayées et l’on ne peut que reconnaître son travail d’investigation.
Toutefois, ma lecture ne s’est pas faite sans anicroche.
Comme le swing perturbe l’équilibre, l’afflux de références m’a donné le tournis. Films, livres, spectacles, musiques et joueurs de  jazz sont abondamment évoqués mais je préfère me plonger dans la fiction et enrichir mes connaissances une fois ma lecture terminée (en m’orientant ensuite vers des lectures documentaires par exemple ?)

« Quand il gèle à quinze au-d’ssous
Et quand vous avez la tremblote
Si vos dents claquent gaiement au rythme de Sweet Sue
Alors vous êtes swing…
Quand le jour est triste et noir
Ou quand la lune est trop pâlotte
Stoïqu’ment si vous vocalisez matin et soir
Alors vous êtes swing !
En somme si vous voyez les choses
En bleu ou en rose
Si rien ne peut jamais vous étonner
Alors vraiment le swing est votre qualité.
Si vous chantez la Tosca
Le Temps des c’ris’s ou la Mascotte
En faisant des « oua, di ou, a di a da »
Alors vous êtes swing.

Mais si vous voulez qu’on dis’ de vous à tout moment
Que vous êt’s sûrement une personne dans le mouv’ment
Il faut être swing la nuit le jour
Même pour l’amour…
Guy Berry, Etes-vous swing ? »

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